À presque 50 ans

À presque 50 ans

À presque 50 ans

Par Jacqueline

Mai 2019

Je suppose que je cherchais les ennuis. Avec ces membres blancs comme des cygnes, ces cheveux longs et roux... En début de soirée, au lendemain d'un combat sectaire, les rues de Glasgow ne sont pas le genre d'endroit dans lequel faire un footing en shorts et en petit haut.

Le chemin sur lequel je cours dans le quartier de Partick est ponctué de pubs. Je ne dévie pour personne, en coupant, telle une torpille, à travers les épandeurs d'hommes énervés sur le trottoir. Je suis la même dans la vie que je le suis lorsque je cours.

On le sent toujours venir : si l'on palpait l'air comme quelqu'un qui lit adroitement le braille, il serait là :

"Jolis nichons, ma poule."

Le type, qui a cinq ventres et un teint plus rouge que mes cheveux, suce sa clope à l'extérieur du pub et se penche en arrière triomphalement, comme s'il avait marqué le but de la victoire lors du match de cette après-midi.

"De même, mon pote", je riposte.

Ses amis lui gloussent au visage, alors qu'il fixe furieusement sa pinte, qui n'est plus tenue en l'air comme le trophée du jour. Je prie pour que les feux de circulation me libèrent de courir sur place, à un mètre et demi de sa forme émasculée.

"Grosse vache."

Nous y voilà ; les micro-agressions qui doivent être absorbées chaque jour en tant que femme, servant à rappeler qu'au 21e siècle, nous n'avons toujours pas de fonction autre que celle d'être ornementales.

C'est omniprésent, et mon code postal semble particulièrement inscrit dans cette conviction. En rentrant à la maison il y a des années alors que je portais une robe sur un vélo de course, j'entends les mots "Je peux voir ton cul" prononcés avec un ricanement d'ivrogne près de moi.

"Ouais, je regarde aussi un trou duc'..."

Et puis, il y a cette réserve d'énergie spécifique que toutes les femmes gardent involontairement en elle, au cas où elles devraient faire du vélo, courir ou marcher un peu plus vite pour éviter le danger comme une réserve vivante de dynamos humaines, qui exploserait au travers de la ville.

J'ai presque cinquante ans maintenant, la dernière fois que j'ai fait de la vraie course, c'était au début de la vingtaine. Déprimée, très anxieuse et à moitié folle à cause d'un régime qui m'affamait, je sortais de mon appartement de Hillhead à 4 heures du matin avec Blue Nile dans les oreilles et le Clyde dans les yeux. Mais aussi vite et aussi loin que je sois allée, comme pour fuir mes problèmes, je me retrouvais à leur rentrer dedans. Mais plus maintenant. Deux décennies plus tard, j'ai enfin compris.

Au début de l'année, j'étais prête à me mettre un fusil dans la bouche. Depuis 2016, l'infidélité, la mort d'un parent et l'atroce douleur de longue date de mon zona sont au rendez-vous.

Apparemment, même mes dents planifient leur fuite, menaçant de se séparer de mes gencives, comme des amants malheureux. Puis un ami, qui semble- t-il ne me connait pas très bien, me suggère d'essayer l'haltérophilie...

Et je comprends que c'est difficile pour une bonne raison. Pour réussir en haltérophilie, il faut être possédé. Cinq mois plus tard, mon cerveau en feu a cessé son vacarme et je suis plus en forme, plus forte et plus sûre de moi que je ne l'ai jamais été dans ma vie. Plus légères de 10 kg, ces jambes de cheval de course courent 3 x 5 km par semaine et pour la première fois, mon dos et mon torse ondulent avec des muscles d'une manière que je n'aurais jamais cru possible.

"Jolis nichons ?"

Comme si je ne le savais pas.