S'élever contre les abus

S'élever contre les abus

S'élever contre les abus

Par Naomi

J'ai toujours été à l'aise avec le sexe opposé. Mon cercle d'amis proches est composé de femmes et d'hommes. J'ai des conversations ouvertes et honnêtes avec mes amis masculins comme je le ferais avec mes copines. J'écoute, je partage mon opinion et je donne des conseils de mon point de vue de femme sur les relations et sur la plupart des sujets que nous abordons ensemble. Cependant, depuis peu, j'ai appris à prendre confiance en moi pour parler ouvertement de certains sujets d'un point de vue personnel: le viol, le consentement et la violence domestique. 

J'ai vécu une relation volatile qui a duré près de 3 ans. En toute honnêteté, j'ai été surprise de m'en sortir vivante, car j'étais dans un état avancé de dépression et suicidaire. Cet homme était attiré par mon sourire. Il a pourtant tout fait pour me l'enlever. 

J'avais 19 ans quand j'ai rencontré ce type à l'automne 2001 après avoir assisté à une rave party à Peterborough, au Royaume-Uni. Mes filles et moi étions assises dans la voiture avec les vitres baissées pour pouvoir entendre la musique de l'événement de l'autre côté de la route. Nous avons remarqué qu'une voiture tentait de se garer dans une place très serrée. Nous nous moquions des talents du conducteur qui de toute évidence avait du mal à faire sa manœuvre. Lui et ses amis nous ont vus rire et ont engagé la conversation. Il m'a tourné autour et fait savoir que je lui plaisais. Au moment de partir, je lui ai donné mon numéro pour que nous puissions continuer à discuter. Il était beau, charmant, respectueux, bien habillé et avait un bon sens de l'humour. Avant de me dire au revoir, il a dit qu'il m'appellerait bientôt. Ma réponse a été "Ok". Je rougissais et souriais comme un chat du Cheshire pendant que les filles me taquinaient et gloussaient alors que nous ne rentrions à la maison à Nottingham. 

Il a continué d'être le prince charmant, toujours attentif, quand nous avons commencé à nous fréquenter et à nous voir régulièrement. Il vivait à Londres, mais la distance n'était pas un problème. Nous arrivions souvent à nous voir, pratiquement un week-end sur deux, et parfois il me surprenait en apparaissant en milieu de semaine. Il n'a jamais caché ses sentiments pour moi et n'a pas hésité à exprimer ce qu'il ressentait devant mes amis et ma famille. Quand nous nous sommes rencontrés, c'était le type le plus aimant, attentif, affectueux, complémentaire, généreux, solidaire, la liste est longue... Malheureusement, au bout d'un certain temps, il a commencé à changer, et je ne comprenais pas pourquoi. Comment en était-on arrivé là ? Je vivais dans l'espoir que tout redeviendrait comme avant. Nous avions des hauts et des bas: ensemble, pas ensemble, ensemble, pas ensemble... 

Nous avions eu des discussions ouvertes sur tout et n'importe quoi. Près d'un an après le début de notre relation, il a commencé à me ridiculiser sur mes points de vue. Il remettait en question chacun de mes gestes, me disait comment m'habiller, était manipulateur, et abusif verbalement, mais parfois aussi physiquement. Il me trompait, m'engueulait, me manquait de respect et me traitait de tous les noms. Et la liste est encore longue. 

Il y a eu un premier incident lorsque j'ai trouvé dans sa chambre la preuve qu'il m'avait encore trompée. Au lieu de l'admettre, il a accusé un autre type avec qui il cohabitait. Je savais qu'il partageait la maison avec quelques personnes ; cependant, pour autant que je sache, il ne connaissait personne, tout le monde restait dans son coin. Donc accuser ce type était ridicule. C'était le matin, mais il buvait beaucoup et a ordonné au gars de venir dans sa chambre et de s'asseoir. Il a commencé à lui crier dessus et a sorti un couteau en disant que s'il n'admettait pas que ce que j'avais trouvé était à lui, il le tuerait. Le type pleurait, je pleurais aussi et je l'ai supplié d'arrêter. Il n'a pas voulu s'arrêter. Il a agité le couteau près du visage et du corps du gars jusqu'à ce que celui-ci crie "C'était moi, c'est à moi". Je ne l'ai pas cru. Je savais qu'il aurait dit n'importe quoi pour sortir vivant. J'ai pleuré et j'ai dit : "Ok, ok, maintenant laisse-le partir". Il l'a laissé partir et s'est mis à me crier dessus, disant que je le poussais à agir comme un fou et que tout était de ma faute. Une fois de plus, je me retrouvais tétanisée et je m'excusais auprès de lui d'être la raison d'un autre de ses débordements. 

Il avait récemment déménagé à Nottingham et louait un appartement pour se rapprocher de moi. Un soir, alors que nous discutions de nos problèmes et de la raison de notre énième rupture, il voulait faire l'amour, et moi pas. Je savais que je l'aimais toujours et qu'il m'avait bêtement manqué, mais je n'étais pas encore prête à coucher avec lui, sachant qu'il m'avait trompée. Avant que je n'aie le temps de comprendre ce qui se passait, il était en moi, et bien que j'aie dit "non" de nombreuses fois et que j'essayais de le repousser, il a pris ce qu'il pensait être sien. L'épreuve a duré un certain temps, alors j'ai pensé qu'il serait plus rapide et plus facile d'arrêter de me battre et de le laisser finir. Quand il eut fini, il s'est retourné et s'est endormi. Je me sentais engourdie, confuse et, honnêtement, je n'arrivais pas à réaliser ce qu'il s'était passé. S'est-il soucié ou avait-il conscience de ce qu'il m'avait fait ? Avait-il une idée de ce qu'il m'avait pris ? Mon corps ne lui appartenait pas, je n'étais pas sa propriété. Je me suis confiée à une amie proche ; malgré tout au fond de moi je m'interrogeais, me blâmais et me demandais comment cela pouvait être un viol puisqu'il était mon petit ami. Nous avons parlé des relations sexuelles, du jeu qui peut s'instaurer, où l'on dit non en pensant oui, mais ce qui s'était passé n'avait rien à voir avec ça. J'avais dit non, sans sourire sans chercher à séduire, j'avais crié non, alors pourquoi ne s'est-il pas arrêté, pourquoi n'avait-il pas écouté ? Je ne l'ai jamais dit à personne d'autre et pour être honnête, je pensais que personne ne m'aurait cru. D'un point de vue extérieur, nous avions l'air du couple parfait, mais être avec lui était comme être en enfer. J'étais traumatisée, mais nous n'en avons jamais parlé. Nous avons juste continué dans ce cercle dramatique de torture duquel je m'étais convaincue que je n'étais pas digne de sortir. 

J'ai commencé à me demander si et quand le consentement avait sa place dans une relation romantique ou sexuelle ? Comment se fait-il que personne ne semble jamais parler de viol dans les relations amoureuses ? J'ai réalisé que la maltraitance ne vient pas seulement d'étrangers, les gens que vous aimez peuvent aussi vous faire du mal de la pire façon. 

La goutte d'eau qui a fait déborder le vase c'est quand j'ai appris que j'étais enceinte et qu'il me trompait à nouveau, cette fois avec quelqu'un que je connaissais. J'étais dans le pire état mental, je luttais vraiment pour continuer à faire semblant. À cette époque, j'écoutais l'album de Glen Lewis "World Outside My Window", dont la chanson "Take Me" était constamment répétée. La femme dont il a parlé dans cette chanson me ressemblait. Blessée, perdue, espérant désespérément que quelqu'un la sauve. C'est bizarre de regarder en arrière, car je n'ai jamais montré cet individu brisé à personne d'autre. J'étais la dure à cuire qui souriait toujours et divertissait les autres. D'où vient la force d'agir ainsi ? 

Il a recommencé à être gentil avec moi lorsqu'il a appris que j'étais enceinte. Je savais que c'était un jeu d'acteur. J'ai pris la décision très difficile à l'époque de me faire avorter, car, honnêtement, je ne m'imaginais pas vivre encore très longtemps. J'étais dans un moment très sombre et je ne voulais pas amener un enfant dans ce chaos. Avant l'intervention, je me suis frotté le ventre, je me suis excusée pour tout et j'ai demandé pardon à Dieu. Le pardon de tous les choix qui ont conduit à ce moment, y compris lui donner mon numéro, rester avec lui après tous les abus, ne pas parler ou signaler le viol, et bien sûr, aller jusqu'au bout de l'avortement. Je me souviens d'avoir pleuré à chaudes larmes devant une des infirmières qui me tenait serrée contre elle comme si c'était ma mère au moment où l'on m'a fait l'anesthésie générale. Je me suis endormie lentement. Je me suis réveillé en pleurant toujours devant la même infirmière. Je souffrais et j'étais mal à l'aise. Il m'a fallu quelques semaines pour me rétablir physiquement ; cependant, le souvenir de cette décision pèserait lourdement sur mon cœur et mon âme pendant beaucoup plus longtemps. Lui se présentait à mon appartement en me suppliant de le rejoindre, mais j'eus le courage de lui dire non à chaque fois.

Quelques mois plus tard, je suis tombée sur la dernière femme avec qui il m'avait trompée. Je l'ai vue dans le centre-ville, elle m'a arrêté pour me poser quelques questions - de femme à femme. Je lui ai répondu honnêtement. Elle m'a demandé si je voulais aller chez elle pour continuer à parler, stupidement, j'ai dit oui. Nous avons continué à parler, et à ma grande surprise, elle a révélé qu'ils étaient toujours ensemble et l'a appelé. C'était clairement un coup monté. Avant que je ne puisse sortir, il était déjà là et commençait à m'insulter, à me traiter de tous les noms et à me dire que le bébé n'était pas le sien et que j'étais une pute. Après tout le travail que j'avais fait pour me reconstruire et surmonter tout ça, je me retrouvais en morceaux. 

Pour ajouter de l'huile sur le feu, chaque fois que je sortais et que je tombais sur cette femme, elle et son amie me lançaient des insultes et cherchaient à se battre en disant qu'il l'avait trompée avec moi. Bien que j'ai été avec lui pendant des années avant qu'ils ne se rencontrent. Cela n'avait absolument aucun sens. Heureusement, j'étais toujours avec des amis qui me soutenaient. 

Alors que la situation mijotait, peut-être un an plus tard, je me suis retrouvée au milieu d'un désaccord avec un homme de la famille qui avait développé une attitude intimidante au fil du temps. J'ai tenu bon et, honnêtement, j'en ai eu assez de son comportement agressif. Mais ce qui a suivi, dans mes souvenirs, c'est de le voir lever son poing et POW sentir un premier coup au visage. Cela a continué pendant ce qui m'a semblé être des heures. Tous les coups ont été portés au-dessus de mon cou, au visage et à la tête seulement. La dernière chose dont je me souvienne de l'attaque, c'est d'avoir perdu la sensation dans mes deux jambes et d'avoir cru que j'allais mourir en perdant conscience. On m'a emmené à l'hôpital, mais je n'ai jamais dit qui m'avait attaquée et je ne suis jamais allée à la police. C'était un problème familial et il devait être réglé en privé. Je connaissais le racisme systématique et le profilage racial au sein des forces de police. J'étais plus préoccupée par son bien-être que par le mien. Quand je suis finalement rentrée chez moi, je me suis regardée dans le miroir et j'ai vu le reflet d'un visage gonflé, en forme de ballon. Elle ne me ressemblait pas. Elle n'était pas moi, me suis-je dit en me tenant là, inondée de larmes. 

De nombreuses années ont passé, et je n'arrivais pas à surmonter l'épreuve, car le membre de ma famille continuait à m'intimider. Il ne m'a plus jamais frappé, mais son comportement est resté agressif, erratique et imprévisible. Devant les autres, nos relations semblaient bonnes. Pourtant, au fond de moi, j'avais peur de lui et je me contrôlais pour ne rien dire qui puisse déclencher sa rage. 

Des deux côtés de ma famille, je suis entourée de femmes très fortes et très franches. De ma grand-mère à mes cousines, elles sont culottées, impétueuses, mais ont un grand coeur. Je me souviens d'un débat resté sans réponse sur le fait de servir d'abord les hommes, car il n'y avait pas assez de chaises pour tout le monde autour de la table. On disait que, comme les femmes cuisinaient, il fallait manger d'abord et les hommes ensuite. Je n'étais qu'une jeune fille à l'époque et je trouvais cela hilarant. Avec le recul, je comprends maintenant que c'était un moment fort dont j'étais témoin et que beaucoup de débats sains sur la question du genre démarrent comme ça. Alors, comment pouvais-je être intimidée et me sentir en danger à cause de cet homme si les femmes de la famille étaient vraiment respectées ? 

Était-ce moi qui étais faible et qui me laissais marcher sur les pieds ? Ma famille serait-elle capable de supporter la vérité sur l'agression sexuelle ? Est-ce que cela se transformerait en guerre si je prenais la parole ? Était-il trop tard pour le signaler à la police ? Pourquoi, après toutes ces années, me suis-je retrouvée dans des situations de violence ? De mon petit ami qui était censé m'aimer à un homme de la famille proche qui devrait m'aimer, mais qui au lieu de cela s'en prenait à moi par frustration. Comment aurais-je pu m'ouvrir sur le traumatisme de mon viol alors que j'étais harcelée par quelqu'un de ma propre famille ?

Oui, on lui a "parlé", mais cela ne l'a pas arrêté, ni ses crises. J'avais l'impression qu'on s'intéressait tellement à son comportement et à ses problèmes que j'en étais oubliée, une fois de plus. Moi, la vraie victime de toute cette histoire. 

J'en suis venue à me demander si j'étais la victime. Clairement, il me faisait du mal parce qu'il était lui-même blessé. Qui est venu en premier, l'oeuf ou la poule ? J'étais tiraillée entre ma souffrance et ce mélange d'émotions contradictoires. Effrayée, mais aussi inquiète, car je l'aimais et ne voulais que son bien. Mais qu'est-ce que je voulais pour moi ? Est-ce que je voulais continuer d'être à bout ? NON. 

Il y a eu un incident il y a trois ans, où, après une belle journée de sortie en famille, nous sommes rentrés chez lui. Aujourd'hui encore, on ne sait toujours pas très bien ce qui s'est passé ni ce que j'ai pu dire ce jour-là pour l'offenser. Je me souviens juste qu'il a commencé à me crier dessus et à jurer en faisant les cent pas dans le salon. Il m'a averti que je devais sortir de chez lui avant qu'il ne fasse quelque chose qu'il pourrait regretter. Mon esprit s'est peut-être entraîné à bloquer les traumatismes, mais pas mon corps. J'étais envahie par la peur et je n'ai eu que quelques instants pour trouver comment j'allais m'en sortir. Et je l'ai fait: je suis sortie de la maison en courant, à 3 heures du matin, en tenant mes chaussures, mon sac à main et mon manteau. Des larmes ont commencé à jaillir de mes yeux et des questions m'ont traversé l'esprit: "Naomi, quand cela va-t-il s'arrêter ? Il s'était excusé après m'avoir frappé la première fois, alors n'était-il pas vraiment désolé ?" 

J'avais déménagé à Londres bien des années avant cet incident, et mes retours à la maison étaient très rares. Quoi qu'il en soit, c'était déjà suffisant pour me garder dans la peur. Je n'ai jamais réussi à "passer au-dessus", comme certains me le conseillaient. Ils disaient "Il aboie seulement, il ne mord pas", mais je me suis souvenue de la fois où il avait mordu et ça avait fait si mal que j'avais cru mourir. Comment surmonter le rappel constant de l'attaque ? Quoi que les gens disent ou fassent, je savais que cela pouvait se reproduire. J'ai accepté que ce soit le décor de ma vie. Comme on dit, "on ne choisit pas sa famille". Les bons moments seraient supérieurs aux mauvais et chaque famille a ses problèmes. Cette idée n'aura pas duré. 

J'ai passé de nombreux moments à regarder ma vie, à réfléchir, à penser à mon avenir. Je m'imaginais avoir enfin une famille à moi. Les questions ont recommencé à affluer : mon partenaire me défendra-t-il face à lui ? Est-ce que je voudrais qu'il me défende ? Qu'en est-il de mes enfants ? Auront-ils peur et se sentiront-ils mal à l'aise autour de cet homme en sentant mes inquiétudes ? Est-ce que je voulais de lui autour de ma future famille ? J'ai décidé de commencer à me défendre comme je ne l'avais jamais fait auparavant et de dire que c'en était assez. 

Bien sûr, quelques autres incidents ont eu lieu. Il était difficile, mais nécessaire de tenir bon. Je ne pouvais pas continuer à vivre comme ça. C'était l'enfer. Après avoir reçu un coup de téléphone où il me dictait quand je pouvais ou non parler et où il m' insultait, j'ai trouvé le courage de raccrocher. Je me suis demandé "Sur quel téléphone a-t-il appelé ?" C'était le mien, et je l'ai payé. Je n'avais pas à subir ses appels abusifs. Je lui ai envoyé un texto pour lui dire de me laisser tranquille et je l'ai prévenu que si jamais je me sentais de nouveau en danger ou si je recevais à nouveau une menace de sa part, j'appellerais la police. Il est devenu fou. Il a laissé des messages vocaux abusifs, et je l'ai bloqué. Un mois plus tard, nouvel incident: j'ai reçu un message via un membre de sa famille venant de lui, me menaçant à nouveau. Je me suis rendu compte que c'était maintenant ou jamais. Serais-je une femme de parole ? Je suis allée directement à la police et j'ai déposé une main courant, pas une déclaration complète, pour qu'ils l'interrogent et le mettent en garde contre moi. Je l'aimais encore beaucoup et je ne voulais pas qu'il soit arrêté. Je voulais juste lui faire peur pour qu'il me laisse tranquille, qu'il aille chercher de l'aide pour sa santé mentale, car une chose était sûre, il n'allait pas bien. Ou peut-être que je lui trouvais encore des excuses. Quoi qu'il en soit, j'ai depuis la paix et j'ai l'intention que ça continue comme ça. PLUS DE CONTACT, PLUS D'ACCÈS. JE SUIS LIBRE. ENFIN. JE SUIS LIBRE !

J'ai repris le pouvoir en me demandant "à qui appartient mon téléphone?", ce qui m'a conduit à "et moi, à qui j'appartiens?". La réponse, c'est moi et moi seule. Alors, pourquoi me permettrais-je d'être traitée et abusée la sorte ? Où ai-je appris que c'était d'accord? Comment je me sens ? Est-ce que je veux que ça s'arrête ? Comment puis-je y mettre un terme ? À quoi l'amour devrait-il ressembler ? Ces questions simples mais efficaces m'ont réveillée et m'ont fait réaliser que j'étais le patron de ma propre vie. Je réalise et j'écris mon scénario jour après jour. 

En tant que femme, et surtout en tant que femme noire, j'ai des milliards d'expériences d'hommes qui m'ont chosifiée. Être fétichisée, pas écoutée, contrôlée, manipulée, "possédée" comme si mon corps était le leur ou dégradée quand je ne cédais pas à leurs avances, ne sont que quelques-uns des abus. Ces deux histoires sont celles qui m'ont le plus touchée et qui ont pris toutes mes forces avant que je puisse y mettre un terme et me protéger. J'ai aimé ces deux hommes de tout mon cœur. Comment ont-ils pu me faire du mal à ce point ? N'avaient-ils pas d'amour ? Ne ressentaient-ils pas de l'amour quand ils pensaient à moi ou quand ils m'ont vu ? Plus j'avançais en âge, plus je me rendais compte que l'amour n'est pas tout et que le dicton "Hurt people, hurt people"("Les gens blessés blessent les gens") est encore plus vrai que je ne le pensais. Ces hommes avaient tous deux des problèmes et avaient besoin de guérir, mais ils ont choisi de s'en prendre à moi. 

Repenser à ces histoires est si étrange. Aussi forte que je pouvais sembler dans le passé, j'étais très fragile et me sentais désespérée. Bien que j'aie toujours été vraiment optimiste et "l'âme fêtarde", certains de mes sourires de l'époque masquaient beaucoup de noirceur. Aujourd'hui je suis plus heureuse, je suis en train de guérir et je suis éternellement reconnaissante envers mes guides spirituels, mes ancêtres et l'Être supérieur de m'avoir guidée et montré mon moi future que je ne pouvais pas abandonner. 

Je me suis lentement ouverte et j'ai parlé à quelques personnes de mon viol. C'était depuis qu'une jeune femme m'avait raconté son histoire. Je me suis rendu compte qu'il y a tant de pouvoir à dire sa vérité. Mon oncle dit toujours que "vos épreuves sont vos témoignages" et Dieu sait que c'est la vérité. Il est donc temps que j'arrête d'avoir honte, car je n'ai jamais rien fait de mal, ce n'est plus mon sale petit secret. 

Mon intention, en partageant mon histoire, est d'amener le sujet du " Consentement " sur la table. Le viol ne se produit pas seulement quand un étranger surgit. Ça pourrait être votre partenaire, votre ami, votre collègue ou mari. Non signifie NON. La violence domestique ne se produit pas seulement dans les relations amoureuses, elle se produit aussi dans les familles. 

Question : Vos filles sont-elles protégées ou soumises ? À quoi ressemble le consentement pour vous ? Enseignez à vos enfants non seulement le sexe, mais aussi le consentement. Apprenez-leur à se respecter et à s'aimer les uns les autres. Veillez à discuter de la question du genre dans vos familles. Certains comportements sont-ils tolérés parce qu'un sexe ou une personne est considéré comme supérieur à un autre ? 

Merci de votre lecture. 

Naomie