Le pouvoir de l’identité

Le pouvoir de l’identité

Le pouvoir de l’identité
Il m'a fallu ma vie entière pour me définir et déterminer la personne que je souhaite être. Mes grands-parents du côté de mon père ont immigrés au Royaume-Uni depuis les Caraïbes pendant "le Windrush" (nom d'un des bateaux utilisés par le gouvernement Anglais pour transporter la force ouvrière recrutée dans les Caraïbes dans les années 50-70, ndlr) et se sont dès lors pleinement intégrés à la culture «britannique» (lire, blanche !).

J'ai grandi dans le nord de l'Angleterre dans une ville à prédominance blanche et je n'ai connu que deux autres filles à la peau noire pendant toute ma scolarité. L'ethnicité n’était pas discutée à la maison, ce qui d’une part semble merveilleux et idyllique, d’autre part, m'a empêché de vraiment comprendre qui j’étais, ce qui me rendait différente et aussi faisait ma force. Je ne savais pas que mon expérience serait différente de celle des enfants de mon age. Pour cette raison, je n'avais pas développé la rage au ventre qu'il faut avoir pour promouvoir le changement et l'inclusion. Enfin, jusqu'à depuis peu !

Curieusement, bien que ce soit la chose la plus immédiate que beaucoup remarqueraient à mon sujet, être noire n'a tout simplement pas fait partie de mon identité pendant une grande partie de mon enfance et de mon adolescence. Je savais que je ne ressemblais pas à ceux qui m'entouraient, mais l'impact que cela pouvait avoir me semblait sans importance. Mon père, un chirurgien accompli et ma mère, infirmière depuis plus de 30 ans, avaient tous deux ressenti la douleur d'être un couple métis dans les années 80 et ils avaient travaillé dur pour fournir un foyer où nous étions tous à l'abri de la tristesse de l'injustice sociale. J'ai pu m'épanouir. J'étais intelligente, heureuse et capable.

Ce n'est que lorsque je suis partie de la maison, que j'ai fait mon propre chemin à travers le monde et, plus important encore, que j'ai commencé à avoir une intimité que mon apparence a commencé à me sembler importante. La combinaison de devenir une femme et de réaliser que je ne vivais qu'une fraction de mon identité a été un choc total.

Il y avait une incertitude sur la façon dont j'étais perçue - mes boucles sauvages, ma peau brune et mon éducation très formelle se sentaient soudainement en conflit. J'ai dû lire et poser beaucoup des questions sur les éléments les plus fondamentaux de la culture noire. Pourquoi n'avais-je jamais eu les cheveux tressés, ma grand-mère avait-elle subit la brutalité policière, serais-je fétichisée ou serais-je même assez attirante ? Mon visage et mon corps ne paraissait pas être miens. Ce questionnement incessant combiné à une longue dépression de haut niveau non diagnostiquée, a fait de mon esprit un champ de bataille. J'essayais constamment de comprendre d'où je venais, qui j'étais, qui je suis et qui je serai.

En passant dans la vingtaine, j'ai recherché les conseils d'amis, de membres de ma famille ou d'étrangers sur Internet ! Mon corps a changé au fur et à mesure que je grandissais mentalement et cela a aussi joué sur la définition de la personne que j'étais censé être. En tant qu’adolescente avide de lecture et en tant qu'adulte tout aussi bouquineuse, je ne me suis jamais considérée comme sexy ou désirable. Mais au fur et à mesure que je suis devenue plus confiante en moi-même, à la fois grâce à mon traitement et des heures incalculables de thérapie et du soutien de ceux que j'aime, je reconnais qu'il y a du sex-appeal dans la certitude. Je suis plus sûre que jamais de qui je suis. Je ne ressemble pas à tout le monde, je ne pense pas comme tout le monde. Je suis à part égale qui j'étais et qui je veux être et c'est parfait.

Je n’ai pas encore complètement accepté qui je suis, comment je me vois ou qui je deviendrai. Mais j'y arrive petit à petit. Je sais aussi maintenant que je n’ai jamais eu les cheveux tressés car je n’ai pas la patience de m'asseoir sur une chaise pendant des heures !