Fini de jouer le jeu

Fini de jouer le jeu

Fini de jouer le jeu

Par Alicja

Tout au long de ma carrière, j'ai travaillé dans des industries à prédominance masculine. 

J'ai commencé à travailler dans le cinéma à Los Angeles, puis je suis passé dans le monde de la technologie à Londres. Étant dans un environnement masculin, j'ai vite compris que je devais me mordre la langue, "rester calme" et "jouer le jeu". 

J'ai appris les règles "du jeu" à 20 ans. Je n'étais alors qu'une stagiaire dans une célèbre boite de production hollywoodienne. Un des patrons, marié bien entendu, me suggère "chez toi, ou chez moi ?". J'étais choquée, mais je savais que je ne pouvais faire qu'une chose, le garder pour moi. Je savais qu'il fallait que je joue le jeu, sinon je risquais de ruiner le début de ma carrière.

Sans même débattre de l'acte de harcèlement sexuel lui-même, ce qui m'a fait le plus souffrir dans cette situation, c'est le fait de ne pas pouvoir en parler.

En vieillissant, je me rends compte que de réagir à toute situation qui me met mal à l'aise et d'en parler est une responsabilité. J'emmerde le jeu. Quel est l'intérêt de faire partie d'un système défaillant ? Je crois que nous sommes tous responsables de son abolition. Nous devons interpeller les hommes lorsque leurs comportements sont inappropriés, sexistes ou simplement grossiers. Surtout les hommes que nous aimons. Si ce n'est pas pour nous, alors pour d'autres femmes qui pourraient croiser leur chemin. Lorsque nous prenons la parole, nous leur donnons un carton rouge, nous les forçons à réfléchir à la prochaine "occasion". Et cela est encore plus important si nous connaissons ces hommes personnellement. Qui mieux que les femmes qu'ils aiment pour leur apprendre ce qu'ils semblent ignorer ou ne pas savoir et qui nous fait du mal ? Je crois que ne pas parler, c'est laisser la situation persister et s'aggraver. 

Bien entendu, ce n'est pas facile. Ce n'était pas facile pour moi à 20 ans et ça ne l'est toujours pas aujourd'hui. Je suis toujours confrontée à des situations, que ce soit au travail ou dans ma vie personnelle, où je dois me rappeler mon engagement envers moi-même et ne pas laisser passer les abus.

Qu'il s'agisse de défendre une autre femme maltraitée par un petit ami, comme je l'ai fait récemment lorsque j'ai confronté un ami proche dû à son comportement, ou de remettre les pendules à l'heure avec un gars profitant de mon état d'ébriété, comme cela s'est également produit il y a quelques semaines, je sais maintenant que nous devons tous être responsables et que nous pouvons éduquer les hommes à être et à faire mieux. Il ne s'agit pas de les traiter avec condescendance, de les rendre "moins masculins", mais de leur montrer une perspective différente du monde masculin et d'en faire un endroit meilleur pour tous.